Statut juridique, Apple et impôts

Quel statut pour créer une application mobile en 2026 ?

Quel statut pour créer une application mobile ? Aucun pour la construire, et pas forcément une société pour la publier. Tout se joue au moment où l’app rapporte de l’argent. Ce guide compare particulier, micro-entreprise, SASU et EURL avec les règles officielles d’octobre 2026, et complète notre dossier pour créer une application mobile de l’idée à la publication.

Par Yoann Guetta et David Bohbot, cofondateurs de Yodavio · Publié le

1. Quel statut pour créer une application mobile ? La réponse courte

Pour construire et tester une application, aucun statut n’est nécessaire. Pour la publier, Apple accepte un particulier : tu t’inscris en individuel et ton nom apparaît comme vendeur. Dès que l’app te rapporte de l’argent de façon régulière, tu exerces une activité à déclarer : la micro-entreprise est la forme la plus simple pour démarrer seul, une société (SASU ou EURL) devient utile si tu veux afficher le nom d’une structure, t’associer ou investir beaucoup.

Le bon choix dépend de tes revenus prévus, de tes dépenses et de ta situation (salarié, chômage, associés). Ce guide résume les règles publiées par l’administration et par Apple, vérifiées le 26 octobre 2026. Il ne remplace pas un expert-comptable ou un juriste : fais valider ton choix avant de t’immatriculer.

2. Publier une application en tant que particulier : ce qu’Apple accepte

Apple n’exige aucune entreprise. Selon son aide à l’inscription, il te faut un compte Apple avec l’identification à deux facteurs, l’âge de la majorité et ton nom légal. Ce nom s’affiche comme vendeur sous ton app. L’adhésion coûte 99 USD par an, affichés en devise locale à l’inscription. Notre guide du compte développeur Apple détaille l’inscription pas à pas.

Apple range dans ce même compte individuel les entrepreneurs individuels et les « entreprises d’une seule personne ». En France, la micro-entreprise est une entreprise individuelle : elle ne crée pas de personnalité juridique distincte de la tienne (Service Public, vérifié le 21 février 2026). Passer de particulier à micro-entrepreneur ne change donc rien au compte Apple ni au nom affiché.

Deux choses changent en revanche quand l’app rapporte :

  • Le statut de trader. Chaque compte doit déclarer s’il agit en professionnel au sens du règlement européen sur les services numériques. Apple cite comme indices des revenus tirés de l’app ou une immatriculation à la TVA. Si tu es trader, ton adresse (ou une boîte postale), ton téléphone et ton e-mail s’affichent sur ta fiche dans l’UE. Notre guide pour publier une application sur l’App Store explique cette déclaration.
  • Tes obligations fiscales et sociales. Ce qu’Apple te verse est un revenu. Une activité régulière relève d’une entreprise déclarée, avec cotisations sociales et impôt.

Une app gratuite, sans publicité ni achat intégré, peut rester un projet personnel. Une app qui se vend, avec abonnement ou publicité, coche les indices de trader cités par Apple et produit des revenus à déclarer : prévois ton statut avant les premières ventes.

3. Statut juridique d’une application mobile : le tableau comparatif

Service Public décrit trois structures pour exercer seul : l’entreprise individuelle (avec ou sans le régime de la micro-entreprise), l’EURL et la SASU (choisir la forme juridique, vérifié le 10 avril 2026). Voici ce que chacune change pour publier et vendre une app.

Statuts pour publier et vendre une app iPhone (sources officielles, vérifié le 26 octobre 2026)
StatutCompte Apple et nom affichéResponsabilitéCoût de créationCotisations socialesImpôt sur les bénéfices
Particulier, sans entrepriseIndividuel, ton nom légalPersonnelle0Aucune entreprise : à régulariser si l’activité devient régulièreRevenus à déclarer
Micro-entrepriseIndividuel, ton nom légalPatrimoine professionnel, séparé du personnelGratuitPourcentage du chiffre d’affaires encaissé, rien si le chiffre d’affaires est nulImpôt sur le revenu, régime micro
Entreprise individuelle au réelIndividuel, ton nom légalPatrimoine professionnel, séparé du personnel21,74 € en activité commerciale, gratuit en libéralSécurité sociale des indépendantsImpôt sur le revenu au réel, option possible pour l’impôt sur les sociétés
EURLOrganisation, nom de la société, avec D-U-N-SLimitée aux apports33,83 € + 19,33 € + annonce légaleGérant travailleur non salarié (indépendants)Impôt sur le revenu, option pour l’impôt sur les sociétés
SASUOrganisation, nom de la société, avec D-U-N-SLimitée aux apports33,83 € + 19,33 € + annonce légalePrésident assimilé salarié, rien sans rémunérationImpôt sur les sociétés, option pour l’impôt sur le revenu

La séparation des patrimoines de l’entreprise individuelle a une limite : en cas de manquement à tes obligations fiscales ou sociales, l’administration peut se faire payer sur tes deux patrimoines. Dans une société, ta responsabilité peut aussi être engagée en cas de faute de gestion ou de caution personnelle.

4. La micro-entreprise pour une application mobile : plafonds 2026 et taux

La micro-entreprise se crée en ligne sur le guichet unique des formalités des entreprises, gratuitement (Service Public, vérifié le 18 mars 2026). Ensuite, tu déclares ton chiffre d’affaires chaque mois ou chaque trimestre et tu tiens un livre des recettes.

Les plafonds de chiffre d’affaires en 2026

D’après la fiche Service Public sur le chiffre d’affaires maximum (vérifiée le 21 février 2026), le régime s’applique en 2026 si ton chiffre d’affaires hors taxes n’a pas dépassé :

  • 203 100 € pour la vente de marchandises ;
  • 83 600 € pour les prestations de services (BIC) ;
  • 83 600 € pour les activités libérales (BNC).

Un dépassement sur une seule année ne te fait pas sortir du régime : il faut deux années consécutives. Tu passes alors au régime réel au 1er janvier suivant.

Les taux de cotisations

Les cotisations sont un pourcentage du chiffre d’affaires encaissé (Service Public, vérifié le 1er janvier 2026) : 12,3 % pour la vente de marchandises, 21,2 % pour les prestations de services BIC, 25,6 % pour une activité libérale non réglementée. Elles portent sur ce que tu encaisses, pas sur ce qu’il te reste après tes dépenses. Si ton app coûte cher à construire ou à promouvoir, demande une comparaison avec le régime réel.

Le point délicat : la nature de ton activité

La vente d’une app n’a pas de case évidente. Service Public cite l’informatique parmi les services commerciaux et parmi les métiers libéraux autorisés en micro-entreprise ; « développeur » apparaît dans les deux listes (nature de l’activité, forme juridique). Or la nature retenue fixe ton plafond et ton taux de cotisations. Décris précisément ton activité lors de la déclaration (éditer et vendre ta propre app n’est pas développer pour des clients) et fais valider la qualification par un expert-comptable.

Si tu es salarié

Le cumul avec un emploi salarié est en principe possible. Il faut que ton contrat ne contienne pas de clause d’exclusivité, que l’app ne concurrence pas ton employeur et que tu y travailles hors de ton temps de travail (Service Public, vérifié le 10 avril 2026). Relis ton contrat avant de t’immatriculer.

5. SASU ou EURL : quand une société devient utile pour ton application

Une SASU ou une EURL est une personne morale : une société distincte de toi, dont tu es l’associé unique. Ta responsabilité est limitée à tes apports. Elle coûte plus cher à créer et à tenir : statuts, capital, annonce légale, puis comptes annuels approuvés et déposés au greffe chaque année.

Ce qu’elle change chez Apple

Pour afficher un nom de structure, Apple exige une entité juridique inscrite en organisation, avec un numéro D-U-N-S, un site web public sur un domaine lié à la structure et l’autorité pour l’engager. Un nom commercial ne suffit pas (aide à l’inscription d’Apple). Le D-U-N-S est gratuit, mais compte jusqu’à 5 jours ouvrés pour l’obtenir, puis jusqu’à 2 jours avant qu’Apple le reçoive (page D-U-N-S d’Apple).

Un point reste flou pour la SASU ou l’EURL d’une seule personne. Apple réserve le compte organisation aux entités juridiques, mais demande aussi aux « entreprises d’une seule personne » de s’inscrire en individuel. C’est Apple qui tranche lors de sa vérification : prévois ce délai si ta date de lancement est fixée.

SASU ou EURL : la différence principale

Le président de SASU est assimilé salarié s’il est rémunéré : charges d’environ 60 % de la rémunération brute selon Service Public, aucune cotisation sans rémunération, pas d’assurance chômage. Le gérant associé d’EURL relève de la sécurité sociale des indépendants. La SASU est soumise par défaut à l’impôt sur les sociétés, l’EURL à l’impôt sur le revenu, avec une option dans les deux cas.

Une société se justifie surtout si tu veux t’associer, accueillir des investisseurs, publier sous le nom d’une société ou si tes dépenses sont lourdes. Si tu commences en individuel, la conversion du compte Apple vers une organisation se fait ensuite sur demande auprès d’Apple.

Exemple fictif : Karim lance une app d’abonnement en micro-entreprise. Deux ans plus tard, un associé le rejoint et ils créent une SAS. Karim demande à Apple de convertir son compte en organisation, avec le D-U-N-S de la SAS, plutôt que d’ouvrir un nouveau compte.

6. TVA et revenus de l’App Store : ce qu’Apple fait, ce qui reste pour toi

Quand tu vends une app, Apple vend pour ton compte. Pour la France et les autres pays de l’UE, tu désignes Apple Distribution International Ltd., en Irlande, comme ton commissionnaire : il vend en son nom, mais pour toi. L’annexe B du contrat des apps payantes (version du 27 août 2026) liste la France et les 26 autres pays de l’UE parmi les régions où Apple collecte et reverse la TVA sur les ventes aux clients (annexes du contrat, PDF d’Apple).

Ce que tu touches s’appelle les proceeds : le prix payé, moins la commission d’Apple et les taxes applicables (aide Apple sur la catégorie fiscale). Pour savoir ce qu’une app peut rapporter une fois ces retenues faites, lis notre guide combien rapporte une application.

Ce qui reste pour toi :

  • Les formulaires d’Apple. Pour être payé, tu signes le contrat des apps payantes, tu ajoutes un compte bancaire au nom du titulaire du compte développeur et tu remplis un formulaire fiscal américain (W-8BEN, W-8BEN-E ou W-8ECI hors des États-Unis), plus parfois d’autres formulaires selon ton pays (aide Apple).
  • La déclaration de tes revenus. La TVA prélevée par Apple concerne le client final. Ce qu’Apple te verse reste à déclarer, en chiffre d’affaires si tu es micro-entrepreneur.
  • Ta propre situation de TVA. Avec la franchise en base, tu ne factures pas de TVA tant que ton chiffre d’affaires reste sous 85 000 € (ventes) ou 37 500 € (services et activités libérales), avec une tolérance en cours d’année jusqu’à 93 500 € et 41 250 €. Ces seuils sont inchangés en 2026 (Service Public, vérifié le 1er janvier 2026).
  • Le numéro de TVA intracommunautaire. Une entreprise en franchise n’en reçoit pas automatiquement. Elle doit le demander si elle vend des prestations de services dans l’UE ou en achète à des professionnels qui y sont établis, et le demander ne lui fait pas perdre la franchise (Service Public).

Deux questions à poser à ton expert-comptable : quel montant déclarer (les sommes reçues d’Apple ou les prix payés par les clients), et quelles obligations de TVA découlent de ta relation avec la société irlandaise d’Apple. Les sources officielles consultées ne tranchent pas ces points pour une app.

Un cas à part : si ton app vend des services personnels (cours particuliers, prestations à la demande), Apple transmet tes informations au fisc irlandais au titre de la directive européenne DAC7. Les contenus numériques non personnalisés n’en relèvent en général pas (aide Apple sur DAC7).

7. Protéger le nom et le code de ton application

Le nom : une marque, pas seulement une fiche

App Store Connect réserve un nom d’app, mais ce n’est pas un titre de propriété. Pour protéger le nom en France, tu déposes une marque à l’INPI : 190 € en ligne pour une classe de produits ou services, puis 40 € par classe supplémentaire (page INPI sur le coût, consultée le 26 octobre 2026). La protection dure 10 ans et se renouvelle sans limite. Un particulier, un entrepreneur individuel ou une société peut déposer. L’INPI recommande une recherche d’antériorité avant le dépôt, pour vérifier que le nom ne reprend pas une marque existante.

Le code : le droit d’auteur, et un contrat

Selon Bpifrance Création, un logiciel original est protégé par le droit d’auteur dès sa création, sans dépôt. Ce droit protège le code, pas l’idée ni les fonctionnalités. Trois règles comptent pour ton app :

  • Créé par un salarié dans ses fonctions, le logiciel appartient à l’employeur.
  • Commandé à un prestataire, il reste au prestataire sans contrat de cession de droits écrit.
  • Un dépôt auprès de l’Agence pour la protection des programmes ou une enveloppe e-Soleau de l’INPI date ton code : c’est une preuve, pas un droit.

Si tu fais construire ton app, la cession des droits doit figurer au contrat. C’est l’un des points de notre guide pour choisir un prestataire d’application mobile.

8. Dans quel ordre faire les démarches

L’ordre compte, surtout pour le compte Apple, qu’il vaut mieux ouvrir directement au bon nom.

  1. Relis ton contrat de travail si tu es salarié : exclusivité, concurrence, confidentialité.
  2. Chiffre ton projet : revenus espérés, dépenses de construction et de promotion, associés éventuels.
  3. Fais valider le statut et la nature de l’activité par un expert-comptable.
  4. Immatricule ton entreprise sur le guichet unique, avant les premières ventes.
  5. Demande le D-U-N-S si tu crées une société et vises un compte organisation.
  6. Ouvre le compte Apple Developer au bon nom.
  7. Dans App Store Connect : contrat des apps payantes, formulaires fiscaux, compte bancaire, statut de trader.
  8. Dépose la marque avant d’annoncer le nom publiquement.

Si tu fais construire ton app, ouvre le compte Apple à ton nom ou à celui de ta structure, puis invite le prestataire : l’app reste rattachée à ton compte. Chez Yodavio, notre méthode de développement en 4 étapes se termine par la fiche App Store, TestFlight puis la soumission à Apple.

9. Questions fréquentes

Dois-je déclarer mes revenus si Apple reverse déjà la TVA ?

Un développeur sans entreprise posait la question pour Google Play sur le forum Free-Work. Oui : la TVA collectée par la plateforme est payée par le client, alors que ce qu’on te verse est ton revenu. Il est soumis à l’impôt et, pour une activité professionnelle, aux cotisations sociales, selon ton statut.

Auto-entrepreneur en franchise de TVA, App Store Connect me demande un numéro de TVA : que faire ?

Le cas a été signalé en mai 2026 sur les forums développeurs d’Apple. La réponse acceptée, d’un autre développeur, renvoie vers la demande de numéro de TVA intracommunautaire : elle se fait par la messagerie de ton espace professionnel sur impots.gouv.fr, et selon Service Public elle ne fait pas perdre la franchise. Vérifie ta situation avec ton expert-comptable.

Peut-on breveter une application mobile ?

La question revient dans les recherches Google. En général, non : selon Bpifrance Création, un logiciel revendiqué seul n’est pas brevetable. Il faut qu’il produise un effet technique au sein d’un système. Ton app est en revanche protégée par le droit d’auteur, et son nom peut l’être par une marque.

SASU ou micro-entreprise pour une app ?

C’est l’une des recherches les plus suggérées sur le sujet. La micro-entreprise est gratuite à créer et simple à tenir, avec des cotisations calculées sur le chiffre d’affaires. La SASU coûte plus cher à créer et à gérer, mais permet de publier sous le nom d’une société, d’accueillir des associés et de séparer nettement l’activité de ta personne. Un expert-comptable peut comparer les deux avec tes chiffres.

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Ton statut est choisi, et ton app ?

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